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L'automne 1952.
Une jeune médecin urologue et magnétiseuse qui pratique dans un hôpital de la banlieue de Moscou cherche désespérément à tomber enceinte de son mari, un physicien désabusé qui ne survit que grâce à l'amour qui le lie à sa femme. Cette dernière est à son grand effroi appelée secrètement à soigner Staline, malade, et qui vient de se débarrasser de son médecin personnel. Le dictateur s'insinue dans le couple et installe avec la jeune femme une relation où se mêlent confidences et manipulation. Tour à tour amical et pervers, le monstre livre son art de la terreur comme on ne l'a jamais vu.
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ENTRETIEN AVEC MARC DUGAIN
Votre livre «La Chambre des officiers» a été adapté au cinéma en 1991 par François Dupeyron. Pensiez-vous à ce moment-là devenir un jour vous-même metteur en scène ?
Dans mon parcours, le cinéma a été plus important que la littérature. J'ai toujours été un grand cinéphile et me suis mis à écrire parce que c'est ce qui demandait le moins de moyens. De toutes façons, si j'avais voulu moi-même faire un film à l'époque, personne ne m'aurait fait confiance, si éloigné que j'étais de ce métier-là : j'étais président d'une compagnie aérienne... Et il y a eu cette rencontre providentielle avec Jean-Louis Livi. À côté de chez moi à la Fondation Cartier, une exposition David Lynch, nous nous y croisons. Il me dit : «C'est drôle, ce matin même j'ai appelé votre agent, je voudrais acheter les droits d'«Une exécution ordinaire» pour en faire un film». Je n'y ai pas cru tout de suite, sachant que dans le monde du cinéma, ce genre d'approche était courant et ne connaissait le plus souvent pas de suite. Mais là, non seulement Jean-Louis Livi n'a cessé de me parler de ce projet, mais encore m'a-t-il un jour posé la question cruciale : «Pourquoi ne réaliseriez-vous pas vous-même ?». J'ai évidemment répondu : «Pensez-vous que j'en serai capable ?». Il le pensait, arguant que j'avais l'habitude de gérer des équipes et prenant soin de placer à mes côtés un très grand chef opérateur, Yves Angelo.
UNE EXÉCUTION ORDINAIRE consacrée aux derniers jours de Staline couvre la première partie de votre livre qui porte ce titre.
Oui, le sujet du film ramène aux questions fondamentales que je me pose : qu'est-ce qui fait un dictateur ? La réponse est liée à la psychologie, les grands pervers sont des gens qui ont été brisés par leur père, soit ils ont été abusés, soit ils ont subi d'autres violences, ce qui est le cas de Staline, de Hitler. Lorsque la figure du père est détruite, la notion du bien et du mal est abolie. Il n'y a plus de limite. Le danger lorsqu'on veut représenter un dictateur, c'est de tomber dans la caricature, on en fait la représentation qui nous arrange, une brute épaisse et inculte. Ça ne suffit pas. Ainsi Staline était un homme instruit, il avait fait le séminaire, il avait cette culture orthodoxe de base que l'on décèle dans la manière dont il s'exprime.
Quelles ont été vos recherches sur Staline ?
Bien évidemment lire tout ce qui a été écrit sur lui ! Mais en nourrissant ces lectures de ma propre subjectivité. Si cet homme se trouvait en face de moi, comment le décrirais-je, qu'est ce qui m'effraie en lui, en quoi représente-t-il pour moi une dérive de l'être humain ? C'est un personnage monstrueux, mais lorsqu'on a dit ça, on n'a rien dit. Ce qui m'intéressait en fait, c'est MON Staline. J'ai toujours professé que c'est en passant par la fiction que l'on pouvait s'approcher au maximum de la réalité. La fiction n'ambitionne pas d'atteindre la vérité historique, je ne suis pas agrégé d'histoire, j'utilise la fiction comme vecteur, comme révélateur.
Cette jeune urologue magnétiseuse qui va soigner Staline a-t-elle une racine historique ?
UNE EXÉCUTION ORDINAIRE se déroule au moment du «complot des blouses blanches», en 1952. Un groupe de onze médecins (dont sept sont juifs) est accusé d'avoir empoisonné deux dignitaires du Parti Communiste. Parmi les médecins inculpés, il y a Miron Vovsi, le médecin personnel de Staline. Et la disparition de ce médecin crée un espace pour la fiction. Cet espace devenu vide, on va le combler.
Staline est malade, il a les artères bouchées, il y a trop longtemps qu'il boit, qu'il fume, qu'il passe six heures à table avec Béria. Cet homme à l'évidence a besoin d'être soigné. D'autre part, le recours aux médecines parallèles est chose courante en Russie, déjà dans la famille impériale, avec Raspoutine et d'autres. L'idée que Staline fasse appel à cette jeune femme porteuse d'un don qui puisse le soulager n'est donc pas irréaliste si elle n'est pas réelle. D'autres éléments «historiques» apparaissent dans le film, uniquement parce qu'ils ont pour moi la valeur symbolique, magique de la fiction. Lors de l'une de leurs rencontres, on voit Staline demander à Anna, la jeune femme médecin, de repérer sur le tourne-disques la deuxième plage du 23ème concerto de Mozart. Concerto que je connais bien l'ayant joué moi-même. Ce qui est parfaitement authentique, c'est que Staline était fou de ce concerto, qu'il avait fait réveiller en pleine nuit Maria Youdina, une pianiste célèbre de l'époque afin qu'elle enregistre toute séance tenante cette pièce à sa seule intention. Maria Youdina toute juive et insolente qu'elle était, n'a jamais été inquiétée...
Le parti pris de faire parler Staline en français a-t-il été facilement accepté ?
Non. D'assez fortes réticences ont été émises par les financiers du film. Je leur ai dit : «Écoutez, quels sont les choix ? On le fait parler russe ? Donc on va le doubler. Mais le public aura une certaine difficulté à aller voir un film français parlant russe doublé ou sous-titré. Ou alors vous optez pour l'américain -je peux vous l'écrire en anglais, je suis bilingue- mais je trouve cela catastrophique. Ne voyant pas en quoi la langue américaine est plus appropriée à Staline que la langue française. Voir STALINE le film de Yvan Passer de 1992 avec Robert Duvall, acteur que j'aime beaucoup par ailleurs... J'ai conclu : «Arrêtons ce débat qui ne mène à rien. Ou nous serons crédibles, ou nous ne le serons pas».
La première question alors n'a-t-elle pas été : «Qui peut porter sur ses épaules le rôle de Staline ?»
J'ai pris des portraits de Staline, j'ai étudié sa morphologie, son regard. Et soudain, c'est devenu une évidence. J'ai appelé Jean-Louis Livi, et je lui ai dit : «Staline, c'est André Dussollier. Il a la structure du visage de Staline et c'est un immense acteur !». Dès que, après de légitimes hésitations, Dussollier a accepté de s'engager dans cette aventure assez folle, nous avons effectué les premiers essais, fait venir d'Angleterre une formidable perruquière suédoise, Christina Olhund-Lago, connu des difficultés avec une première équipe de maquilleurs, découvert enfin deux extraordinaires spécialistes des effets spéciaux, Fabrice Herbert et Stéphane Chauvet. Ils ont beaucoup travaillé avec André, qui un matin est entré dans la pièce, et Staline était là. Il aurait à subir trois heures et demie de maquillage chaque matin ! J'ai eu beaucoup de chance de bénéficier, outre la présence capitale d'André Dussollier, d'une distribution idéale. Marina Hands qui lui fait face, qui est à la fois la grâce absolue et le professionnalisme rigoureux, et n'a jamais buté sur une ligne de son texte en dix semaines de tournage. Mais aussi Edouard Baer qui fournit vraiment une performance remarquable dans la mesure où le personnage est très éloigné de l'image que l'on a de lui, séducteur un peu désinvolte. Dans les scènes dramatiques, en particulier, il donne la réplique à Marina Hands avec une humilité troublante et on comprend que cette femme courageuse puisse aimer autant un être comme lui qui n'est pas moins courageux qu'elle à sa façon et qui exprime une parfaite lucidité sur l'époque. Tom Novembre si émouvant en directeur de l'hôpital où travaille Anna/Marina. Et encore Denis Podalydès, qui a vraiment l'air de sortir d'un roman russe et dont j'ai admiré la géniale schizophrénie : entre deux prises, entrant en un instant dans la peau d'un concierge fureteur, il étudiait un texte de Racine... Sans oublier Grégory Gadebois, le chef de service libidineux et menaçant, ancien déménageur passé par la Comédie Française d'une efficacité redoutable...
A-t-il été compliqué de passer de votre livre au scénario ?
J'ai adoré cela ! J'avais déjà fait un détour par le théâtre avec le même texte. José-Maria Flotats avait joué la pièce en catalan à Barcelone, et devait la reprendre à Madrid en espagnol. Pour le scénario, j'ai eu Jean-Louis Livi comme interlocuteur, nous étions dans une franchise totale, je n'ai pas d'orgueil d'auteur. Cependant, l'adaptation a été rapide, quand on a porté un texte aussi longtemps que j'ai porté celui-là, la rapidité s'explique et se justifie.
Yves Angelo est votre chef opérateur, mais aussi votre conseiller artistique et technique. Comment s'est établie votre collaboration ?
Dès ma première rencontre avec Yves Angelo, je lui ai montré un tableau d'Anselm Kiefer, le peintre et sculpteur allemand désormais installé en France. Titre de l'oeuvre, «La Princesse de Sibérie», où l'on voit deux rails qui partent vers nulle part, dans un paysage tourmenté et vide. Deux rails qui évoquent les trains de la mort. Et je lui ai dit : «Voilà, ce sont les couleurs du film». Et nous sommes partis du même pas, dans cette palette-là, ce chromatisme-là. Puis nous nous sommes mis d'accord pour tourner tout le film caméra à l'épaule, une caméra qui respire en même temps que les personnages sans s'agiter inconsidérément. C'est d'ailleurs comme cela que j'ai «vendu» le film à André Dussollier. Je lui ai dit : «Tu vas avoir le temps, des scènes de six minutes. De vrais plans séquences, et nous tournerons autour de toi, nous te suivrons. Cette décision, nous l'avons prise ensemble Yves Angelo et moi, mais c'est lui qui portait la lourde caméra !
Vous avez utilisé peu d'images d'archives ?
Oui, mais celles que nous montrons sont assez frappantes. Ce sont les funérailles de Staline, les fleurs, les moscovites en larmes qui défilent... Dans le catafalque, pourtant, ce n'est pas «le petit père du peuple», c'est André Dussollier. Nous l'avons filmé en choisissant le même angle, la même distance par rapport à la foule que dans les images d'origine.
Comment s'est déroulé le premier jour de tournage d'UNE EXÉCUTION ORDINAIRE votre premier film ?
C'était en plein hiver. Et très douloureux pour moi. Je traversais une période personnelle angoissante, deux de mes proches étaient à l'hôpital, j'étais dans un mal être profond. Et j'ai pensé, la seule chose à faire est de transformer ce mal être, le dépasser, pour en nourrir le film. C'est tout ce que je pouvais espérer. Et c'est ce qui s'est passé.
Cette histoire, cette époque, ont-elles pour vous un écho contemporain ?
Oui, car j'adopte le même processus, obsessionnel, dans tout ce que je fais. Je m'intéresse à des gens très ordinaires qui sont confrontés à la grande Histoire. Ainsi Anna, qui ne demande rien à personne, et qui tout à coup, face à Staline est aspirée par un événement qui la dépasse. S'il n'y a pas son drame, le drame de son couple, il n'y a pas d'identification, on est dans la reconstitution, dans le documentaire. À quelque époque que l'on soit, si on parvient à s'identifier à un personnage, on le ramène à soi, on réalise que rien n'est joué, que tout peut recommencer. Aujourd'hui nous vivons sous un vernis de civilisation, et ce vernis peut craquer à tout moment. De même, lorsque j'ai écrit «La Chambre des officiers», je n'ai pas eu l'ambition de brosser une fresque sur la guerre de 14, ce que je voulais c'est raconter l'histoire de mon grand-père, ingénieur des Arts et Métiers, marié, heureux, promis à une bonne carrière. D'un seul coup, il se fait bousiller la tête. Son visage était bien plus abîmé que celui d'Eric Caravaca dans le film de François Dupeyron... Mon grand-père me tirait la langue par le nez quand j'étais gosse. Dévastation. Identification.
Vous avez banni d'UNE EXÉCUTION ORDINAIRE toute scène de torture, toute violence physique.
Cela tient à une chose très personnelle. Pendant toutes mes vacances de gosse, j'ai vécu parmi les gueules cassées dans les châteaux où ils étaient rassemblés. À table, lorsque je déjeunais avec mon grand-père, il y avait 300 mutilés de la face, plus ceux qu'on appelait «les ailes brisées», c'est-à-dire les amputés. Et donc, la violence physique, je sais ce que c'est. Et je trouve que montrer cette violence au cinéma fonctionne comme un vaccin, une atténuation, une banalisation. La violence psychologique, celle qui est au coeur d'UNE EXÉCUTION ORDINAIRE m'apparaît plus effrayante, elle laisse le spectateur la ressentir. Dans le film, Anna en est le récepteur. Face à Staline qui l'appâte, qui reprend ce qu'il semble avoir voulu lui donner, paterne, patelin, puis soudain, doucement, inflexiblement féroce. André Dussollier et Marina Hands font tout passer de ce jeu mortel du chat et de la souris. Lorsque Staline a son attaque, que Anna le laisse à terre et sort du bureau, Marina a un geste que je ne lui avais pas indiqué, elle rajuste son chignon, elle reprend sa dignité. C'était infiniment juste. Parce que voilà bien la marque des dictatures : ce qui est commun à tous les totalitarismes dans l'anéantissement de l'autre, c'est avant tout de lui faire perdre sa dignité. Tout le reste en découle.
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MARC DUGAIN
Né au Sénégal le 3 mai 1957.
Après des études en sciences politiques et en finance, Marc Dugain a exercé différentes fonctions dans la finance et l'aviation avant de se consacrer à l'écriture.
«La Chambre des officiers», premier roman paru en 1998 chez Lattès, a reçu 18 Prix littéraires, dont le Prix des Libraires, le Prix Nimier, et le Prix des Deux-Magots. Il a été traduit entre autre en Allemagne, en Grande-Bretagne, aux USA et figure au programme scolaire en France. Adapté au cinéma par François Dupeyron, le film qui en a été tiré a représenté la France au Festival de Cannes et a reçu deux Césars.
Après «Campagne Anglaise» (Lattès, 2000), «Heureux comme Dieu en France» (Gallimard, 2002), Prix du Meilleur Roman Étranger en Chine, et «La malédiction d'Edgar» (Gallimard, 2005), traduit dans 22 langues, son cinquième roman «Une exécution ordinaire» est paru aux Éditions Gallimard en février 2007 et a reçu le grand prix RTL Lire.
En janvier 2009, il a publié un recueil de nouvelles «En bas, les nuages» aux Éditions Flammarion. -
ANDRÉ DUSSOLLIER
ENTRETIEN
Un jour on vous appelle, et on vous dit : «André Dussollier, voulez-vous être Staline», quelle a été votre première réaction ?
J'ai répondu : «Vous êtes tombés sur la tête, quelle idée, je ne ressemble en rien à Staline !». Et en même temps, quelque chose en moi disait : «Ce serait un sacré défi tout de même !». J'ai alors précisé au producteur, Jean-Louis Livi, que le mieux serait de faire des essais. Ce que nous avons fait dans les meilleures conditions techniques, sans trop appuyer le maquillage, une moustache, une perruque, rien de plus. Une équipe de maquilleurs s'est mise au travail, la date du tournage approchait. À cette époque, je tournais avec Jean-Pierre Jeunet, je faisais part de nos problèmes à la maquilleuse du film, Nathalie Tissier, c'est elle qui nous a recommandé Fabrice Herbet et Stéphane Chauvet qui se sont montrés très excités par le pari. Ils ont tout de suite eu des idées, on a recommencé les essais, on s'est approchés petit à petit du résultat espéré. Ce qui était beau, c'était de faire ce travail de façon, assez simple, artisanale. Puis je me suis laissé grossir, je me suis servi du costume qui montait haut pour accentuer le double menton, on a posé des prothèses sur mon visage pour vieillir ma peau, la taveler jusque derrière les oreilles. On a utilisé tous les moyens, sans que cela soit visible. Et puis il y avait en même temps le travail intérieur que je faisais autour du personnage.
Avez-vous consulté des documents pour vous approcher de votre modèle ?
Principalement les discours. Quatre discours prononcés par Staline devant le Parti. On voit, on sent le personnage, la façon dont il se comporte, sa présence, chacun de ses gestes, la manière dont il se saisit d'un verre d'eau, sans quitter son auditoire des yeux, et puis il jette le verre par terre avec une brutalité terrible, c'est une terreur en marche.
Cette terreur, vous la rendez sensible en la distillant par la douceur.
Oui, parce que tout de même, c'est un homme à la fin de sa vie, malade. Il souffrait d'une artérite, il ne pouvait pas se tenir longtemps debout. Pour parvenir à cette lourdeur que je n'ai pas forcément dans les jambes, j'ai dit à la costumière Sophie Breton : «Il faut que nous trouvions quelque chose.» Et nous avons trouvé. Je suis allé dans un magasin de sport me procurer cet équipement qu'utilisent certains athlètes : des sacs remplis de plomb qu'ils attachent à leurs chevilles. Mais je ne pouvais les porter tels quels, les bottes m'en empêchaient. Alors Sophie Breton a défait les petits sacs, les a reconditionnés et les a fixés le long de mes jambes : ça alourdissait considérablement ma démarche !
Outre l'aspect physique, il fallait aussi trouver la voix de Staline.
Oui, ce problème était vraiment compliqué à résoudre. Il ne s'agissait pas de reproduire sa voix réelle que d'ailleurs le public connaît mal, au contraire de celle de Hitler ou de Mussolini. Le défi était déjà de le faire parler en Français. Pour que cela soit crédible, cela ne devra pas être une imitation, pas une reproduction, plutôt une évocation. Notre grande crainte, à Marc Dugain et à moi, c'est que soudain, simplement par la faute d'un éclairage trop brutal, d'un mouvement de caméra particulier, on cesse de voir sur l'écran une incarnation de Staline pour voir soudain à sa place un acteur reconnaissable.
UNE EXÉCUTION ORDINAIRE est le premier film de Marc Dugain, comment avez-vous jugé son entrée dans le cinéma ?
Marc Dugain pour la première fois aux commandes d'un film n'a pas eu la prétention de considérer qu'il savait tout. Il était accompagné par Yves Angelo, son chef opérateur, lui-même réalisateur. Nous avons vite vu qu'il comprenait parfaitement qu'un film est un travail d'équipe, il a su écouter lorsqu'il le fallait, et gérer les problèmes lorsqu'ils se présentaient... Marc Dugain est un auteur, il était normal qu'il ait été au départ prodigue en dialogues. Je me suis permis de lui dire : «Si tu racontes tout je n'aurai plus rien à jouer !». Avec courage et simplicité, il a accepté de couper, a abandonné sa fonction première d'écrivain pour aborder le métier de cinéaste. Et puis il m'a offert une partenaire exceptionnelle, Marina Hands. C'est un bonheur de jouer à ses côtés. Beaucoup de densité, de concentration dans son jeu, dans sa manière d'être. Une fois de plus je vais mettre en avant le théâtre, mais on ne peut pas ne pas y penser quand on voit Marina, son rapport au texte, et aussi sa générosité avec ses partenaires, ce naturel immédiat qu'elle a pour aborder le travail. Nous avions fait de nombreuses lectures, des répétitions avant le tournage, des mises en place, ça nous permis de nous connaître, d'avancer, de construire, de trouver la confiance.
En se retournant sur votre carrière, on constate que Staline est votre premier rôle de tyran...
Oui, en effet, jamais je n'ai été auparavant dans ce registre-là ! J'aurais pourtant bien aimé, moi qui suis abonné aux personnages plutôt clairs. J'appartiens pourtant à une génération d'acteurs qui aiment bien se transformer. Il faut jouer avec ça. Se transformer, être un autre, même Staline, n'est-ce pas la raison d'être d'un comédien ?
2009
UNE EXECUTION ORDINAIRE de Marc Dugain
LES HERBES FOLLES de Alain Resnais
UNE AFFAIRE D'ÉTAT de Éric Vallette
2008
MICMACS À TIRE-LARIGOT
de Jean-Pierre Jeunet
2007
LE CRIME EST NOTRE AFFAIRE
de Pascal Thomas
MUSÉE HAUT, MUSÉE BAS
de Jean-Michel Ribes
2006
CORTEX de Nicolas Boukhrief
LA VÉRITÉ (OU PRESQUE)
de Sam Karmann
COEURS de Alain Resnais
2005
NE LE DIS À PERSONNE
de Guillaume Canet
2004
MON PETIT DOIGT M'A DIT
de Pascal Thomas
36, QUAI DES ORFÈVRES de Olivier Marchal
2003
UN LONG DIMANCHE DE FIANÇAILLES
de Jean-Pierre Jeunet
2002
EFFROYABLES JARDINS de Jean Becker
2001
TANGUY de Etienne Chatiliez
2000
UN CRIME AU PARADIS de Jean Becker
LA CHAMBRE DES OFFICIERS
de François Dupeyron
César du meilleur second rôle 2002
1999
SCÈNES DE CRIME de Frédéric Schoendoerffer
AÏE de Sophie Fillières
LES ACTEURS de Bertrand Blier
1998
LES ENFANTS DU MARAIS de Jean Becker
1997
ON CONNAÎT LA CHANSON de Alain Resnais
César du meilleur acteur 1998
1994
LE COLONEL CHABERT de Yves Angelo
1991
UN COEUR EN HIVER de Claude Sautet
César du meilleur second rôle 1993
1986
MÉLO de Alain Resnais
1985
TROIS HOMMES ET UN COUFFIN de Coline Serreau
1984
L'AMOUR À MORT de Alain Resnais
1983
1981
1980
1978
1974
1972
L'AMOUR PAR TERRE de Jacques Rivette
LA VIE EST UN ROMAN de Alain Resnais
LE BEAU MARIAGE de Eric Rohmer
EXTÉRIEUR NUIT de Jacques Bral
PERCEVAL LE GALLOIS de Eric Rohmer
TOUTE UNE VIE de Claude Lelouch
UNE BELLE FILLE COMME MOI
de François Truffaut
MARINA HANDS
ENTRETIEN
Comment le projet d'UNE EXÉCUTION ORDINAIRE vous est-il parvenu ?
Par l'intermédiaire de Jean-Louis Livi. J'ai pour lui beaucoup d'affection et de reconnaissance. Alors que j'étais en train de sortir du Conservatoire, que je n'avais rien fait au cinéma, il m'a téléphoné pour que je rencontre Yves Angelo qui préparait un film, et qui cherchait une actrice... La première fois qu'un producteur vous appelle, qu'il distingue la complète inconnue que vous êtes, c'est inoubliable ! Avant même que le scénario d'UNE EXÉCUTION ORDINAIRE soit écrit, Jean-Louis Livi m'a demandé de lire le livre de Marc Dugain, me disant qu'il pensait à moi pour le rôle d'Anna, et m'annonçant aussi qu'Yves Angelo serait là. Encore quelqu'un qui m'a fait confiance très tôt, avec qui j'ai tourné SUR LE BOUT DES DOIGTS donc, avant de le retrouver dans LES ÂMES GRISES. Je savais, avant de commencer, qu'il y avait sur ce projet deux hommes pour me rassurer ! Puis j'ai rencontré Marc Dugain, l'importance de l'enjeu m'est apparue, la conscience que j'allais porter la responsabilité d'un rôle très lourd dans un premier film. J'ai l'habitude d'être docile avec les metteurs en scène, Marc Dugain allait-il me diriger, moi qui adore être dirigée ! J'ai été vite fixée. La réponse était oui.
Comment Marc Dugain vous a-t-il présenté le personnage d'Anna ?
Il m'a dit : «C'est quelqu'un qui n'a rien d'exceptionnel à qui il arrive quelque chose d'exceptionnel, pour moi c'est le personnage le plus mystérieux, et tout ce que tu vas lui apporter m'intéresse.» Une chose très importante pour lui était d'éviter l'écueil du sentimental. Même dans la volonté d'Anna d'avoir un enfant, même dans l'amour qu'elle porte à son mari, il voulait qu'elle se montre déterminée, pas désarmée. Et nous étions d'accord là-dessus. Tout cela me convenait, si je n'ai pas un voyage à faire vers le personnage, je suis perdue. Quand j'ai commencé à réfléchir au rôle d'Anna, j'ai pensé à l'interprétation d'Adrian Brody dans LE PIANISTE de Roman Polanski. À propos de cette question essentielle du «trop» ou du «pas assez», je me suis souvenue de cette façon qu'il a de réagir dans la situation tragique qui est la sienne, jamais dans le pathétique surjoué, toujours dans l'héroïsme ordinaire de la survie.
Y a-t-il eu une préparation, des répétitions ?
Oui, dès le départ, les répétitions nous ont semblé primordiales pour préciser le chemin que nous allions prendre, mais aussi évacuer les doutes. J'en avais beaucoup sur ma capacité à faire vivre Anna. Elle parle peu finalement, donc tous ses gestes, tout son corps doivent exprimer une force de résistance. Pour m'approcher d'Anna, je pouvais compter sur Marc Dugain, sur sa franchise quant à la direction d'acteurs. Il ne prenait pas de gants. Si ça n'allait pas, il le disait. Et c'était bien. Il n'y avait pas de complaisance par rapport à ce qu'on était en train de jouer, aux ego. À aucun moment je ne me sentais épargnée parce que j'étais en train de vivre quelque chose de difficile à exprimer. Non, on construisait. Et évidemment, la personne la plus à même à s'engager dans cette voie, à tenir le cap de façon exceptionnelle était André Dussollier. J'ai été totalement émerveillée de jouer à ses côtés. Je n'ai jamais vu quelqu'un travailler comme il travaille. Ça ne se dit pas. Il ne le dit pas lui-même, parce que le travail lui est aussi indispensable que naturel, et peut-être aussi parce qu'on associe souvent la notion de travail à celle d'effort. Chez lui, c'est un besoin, une éthique. Il demande des répétitions et encore des répétitions. Des prises, et encore des prises. Il n'est jamais satisfait. Dès le premier jour de tournage, il connaissait la totalité de son texte au cordeau. Avoir un partenaire tel qu'André Dussollier, est mieux qu'une aide, c'est un extraordinaire stimulant, il met la barre très haut. De temps en temps, lorsque nous n'étions pas tout à fait contents d'une scène même après plusieurs prises, on se mettait à part, et on se racontait cette scène, pas avec les mots du dialogue, avec nos mots à nous pour en redécouvrir le sens véritable, son enjeu, rafraîchir nos sensations, nos sentiments. Tout au long du tournage d'UNE EXÉCUTION ORDINAIRE, j'ai eu l'impression que nous étions plus ou moins des fous, et c'est peut-être pour cela que je suis particulièrement attachée au film. Cela fait partie des choses que j'aime dans la vie : s'il n'y a pas de danger, cela ne m'intéresse pas. Mais cette notion de danger était compensée par un état de complicité, d'entraide, de solidarité autour du projet : c'est la première fois que j'ai eu l'impression de faire un film autant avec le réalisateur qu'avec le chef opérateur, autant avec l'ingénieur du son qu'avec le producteur. L'investissement de tous a été sans faille. Oui, UNE EXÉCUTION ORDINAIRE est un premier film. Mais je peux dire que Marc Dugain a été notre capitaine.
César de la Meilleur Actrice et Prix d'Interprétation au Tribeca Film Festival de New York pour sa performance dans LADY CHATTERLEY de Pascal Ferran.
Avant de travailler avec de nombreux réalisateurs et metteurs en scène dont Pascal Ferran, Patrice Chéreau, Denys Arcand, Andrzej Zulawski, Yves Angelo, elle fera le Conservatoire National d'Art Dramatique et passera une année à Londres pour étudier à la prestigieuse «London Academy of Music and Dramatic Arts». Elle deviendra parfaitement bilingue.
On a pu la voir dans le film de Denys Arcand LES INVASIONS BARBARES (Oscar du Meilleur Film Étranger), NE LE DIS À PERSONNE de Guillaume Canet, LADY CHATTERLEY de Pascal Ferran et LE SCAPHANDRE ET LE PAPILLON de Julian Schnabel (Prix de la Mise en Scène au Festival de Cannes 2007), LE CODE A CHANGÉ de Danièle Thompson et STORY OFJEN de François Rotger.
Actuellement à l'affiche de MÈRES ET FILLES de Julie Lopes Curval, on la retrouvera en 2010 dans UNE EXÉCUTION ORDINAIRE de Marc Dugain ainsi que ENSEMBLE, NOUS ALLONS VIVRE UNE TRÈS, TRÈS GRANDE HISTOIRE D'AMOUR... de Pascal Thomas.
EDOUARD BAER
FILMOGRAPHIE
2009
UNE EXECUTION ORDINAIRE de Marc Dugain
LES HERBES FOLLES de Alain Resnais
2008
LES BARONS de Nabil Ben Yadir
2007
UN MONDE À NOUS de Frédéric Balekdjian
PASSE-PASSE de Tonie Marshall
2006
J'AI TOUJOURS RÊVÉ D'ÊTRE UN GANGSTER de Samuel Benchetrit
LA FILLE COUPÉE EN DEUX de Claude Chabrol
MOLIÈRE OU LE COMÉDIEN MALGRÉ LUI de Laurent Tirard
JE PENSE À VOUS de Pascal Bonitzer
2005
LES BRIGADES DU TIGRE de Jérôme Cornuau
2004
COMBIEN TU M'AIMES de Bertrand Blier
AKOIBON de Edouard Baer
2003
DOUBLE ZÉRO de Gérard Pirès
MENSONGES ET TRAHISONS de Laurent Tirard
À BOIRE de Marion Vernoux
2002
CRAVATE CLUB de Frédéric Jardin
LE BISON de Isabelle Nanty
2001
BETTY FISHER ET AUTRES HISTOIRES de Claude Miller
2000
ASTÉRIX ET OBÉLIX : MISSION CLÉOPÂTRE de Alain Chabat
1999
LA BOSTELLA de Edouard Baer
1998
LES FRÈRES SOEUR de Frédéric Jardin
RIEN SUR ROBERT de Pascal Bonitzer
DIEU EST GRAND, JE SUIS TOUTE PETITE de Pascale Bailly
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FILMOGRAPHIE SELECTIVE DE JEAN-LOUIS LIVI
2009
UNE EXECUTION ORDINAIRE de Marc Dugain
MADEMOISELLE CHAMBON de Stéphane Brizé
LES HERBES FOLLES de Alain Resnais
JE SUIS HEUREUX QUE MA MERE SOIT VIVANTE de Claude et Nathan Miller
UN HOMME ET SON CHIEN de Francis Huster
2008
LEUR MORALE... ET LA NOTRE de Florence Quentin
2006
JE VOUS TROUVE TRES BEAU de Isabelle Mergault
2005
DE BATTRE MON CŒUR S'EST ARRETE de Jacques Audiard
LA PETITE JERUSALEM de Karine Albou
2002
SUR LE BOUT DES DOIGTS de Yves Angelo
2001
SUR MES LEVRES de Jacques Audiard
LA MOITI2 DU CIEL de Alain Mazars
1999
LE FILS DU FRANÇAIS de Gérard Lauzier
1998
VOLEUR DE VIE de Yves Angelo
1997
DROIT DANS LE MUR de Pierre Richard
1996
LE PLUS BEAU METIER DU MONDE de Gérard Lauzier
1995
L'AMOUR CONJUGAL de Benoit Barbier
1994
LE COLONEL CHABERT de Yves Angelo
LE SOURIRE de Claude Miller
UNE PURE FORMALITÉ de Giuseppe Tornatore
1993
LA NAGE INDIENNE de Xavier Durringer
LA PRÉDICTION de Eldar Riazanov
1992
L'ACCOMPAGNATRICE de Claude Miller
UN COEUR EN HIVER de Claude Sautet
1991
TOUS LES MATINS DU MONDE de Alain Corneau
LA TOTALE de Claude Zidi
ON PEUT TOUJOURS RÊVER de Pierre Richard
MON PÈRE, CE HÉROS de Gérard Lauzier
MERCI LA VIE de Bertrand Blier
1989
TROP BELLE POUR TOI de Bertrand Blier
1988
LA PETITE VOLEUSE de Claude Miller
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Equipe Artistique

Staline André Dussollier Anna Marina Hands Vassili Edouard Baer Le concierge Denis Podalydès Le directeur de l'hôpital Tom Novembre Le chef de service Grégory Gadebois Beria Gilles Gaston-Dreyfus Alexandra Anne Benoit Oncle Anton Gilles Ségal TechniqueProducteur Jean-Louis Livi Réalisateur Marc Dugain Adaptation et dialogues Marc Dugain D'après le roman "Une exécution ordinaire" de Marc Dugain. Editions Gallimard Productrice exécutive Julie Salvador Directeur de la production Christophe Jeauffroy Chef opérateur et conseiller artistique et technique Yves Angelo Chef opérateur son Pierre Gamet Chef décorateur Yves Fournier Créatrice des costumes Jackie Budin Premier assistant réalisateur Patrick Armisen Scripte Lydia Bigard Chef monteur Fabrice Rouaud Monteur son Sylvain Malbrant Photographe de plateau Arnaud Borrel Moteur !, Dominique Segall - Grégory Malheiro Une coproduction F COMME FILM / STUDIOCANAL / FRANCE3 CINÉMA Avec la participation CANAL+ / TPS STAR / FRANCE TÉLÉVISIONS En association avec CINEMAGE 3 Avec le soutien de la RÉGION ILE-DE-FRANCE Distribution StudioCanal





















